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Le virus qui a détruit des machines

Stuxnet est le premier virus connu à avoir détruit du matériel physique : environ mille centrifugeuses nucléaires, dans une usine coupée d'internet.

59s · 24 août 2026 · 3 min de lecture

Le virus qui a détruit des machines

En bref

Découvert en 2010, Stuxnet a franchi une usine isolée du réseau grâce à des clés USB, ciblé un modèle précis d'automate industriel Siemens, et poussé des centrifugeuses au-delà de leurs limites mécaniques — tout en affichant aux opérateurs des mesures parfaitement normales. C'est l'acte de naissance de l'arme informatique capable d'effets physiques.

Un logiciel qui casse du métal

Jusqu'en 2010, un virus informatique volait des données, chiffrait des fichiers ou paralysait des ordinateurs. Stuxnet a franchi une frontière que l'on croyait théorique : détruire des équipements physiques. Sa cible était l'usine d'enrichissement d'uranium de Natanz, en Iran, et son objectif, endommager les centrifugeuses qui y tournaient — sans que personne ne comprenne pourquoi elles cassaient.

Franchir le vide

Les systèmes industriels de Natanz étaient isolés d'internet, une protection appelée air gap : aucun câble, aucune connexion vers l'extérieur. Stuxnet a contourné cette barrière en se propageant par clés USB, probablement introduites par des intermédiaires. Pour s'installer et se déplacer sans être détecté, il exploitait quatre vulnérabilités Windows totalement inconnues à l'époque — quatre failles zero-day dans un même logiciel malveillant, ce qui était sans précédent — et signait ses composants avec des certificats numériques volés à deux fabricants de matériel, pour paraître légitime.

Une cible chirurgicale

Stuxnet n'était pas une arme aveugle. Une fois sur une machine, il vérifiait une longue liste de conditions avant d'agir : la présence du logiciel Siemens Step 7, des automates programmables des modèles S7-300, et surtout des variateurs de fréquence de marques précises (Vacon et Fararo Paya), en nombre suffisant. Ce n'est que si toute cette signature correspondait — en pratique, la configuration exacte des cascades de Natanz — qu'il déclenchait son sabotage. C'est pourquoi il a infecté plus de 100 000 ordinateurs dans le monde en ne causant de dégâts physiques que sur un seul site.

  1. Propagation par clé USB pour franchir l'air gap.
  2. Exploitation de quatre failles zero-day Windows et de certificats volés.
  3. Recherche du logiciel Siemens Step 7 et des automates S7-300.
  4. Vérification des variateurs de fréquence Vacon et Fararo Paya, en nombre suffisant.
  5. Déclenchement du sabotage seulement si toute la signature correspond.

Le sabotage, et le mensonge à l'écran

Le sabotage lui-même était d'une simplicité brutale. Stuxnet modifiait la vitesse de rotation des centrifugeuses : il les poussait bien au-delà de leur régime nominal — de l'ordre de 30 % au-dessus de la vitesse maximale prévue — puis les faisait brutalement chuter, en cycles répétés. Cette alternance créait des vibrations et une fatigue mécanique qui fissuraient les rotors. Mais le vrai coup de maître était ailleurs.

≈ 1 000centrifugeuses

endommagées ou remplacées à Natanz, environ 10 % du parc

source : estimation ISIS, décembre 2010

Ce qui est établi, et ce qui ne l'est pas

Il faut distinguer les faits techniques, solidement documentés par l'analyse du code, des éléments qui relèvent de l'attribution. Le fonctionnement de Stuxnet a été disséqué publiquement, notamment par les chercheurs de Symantec. En revanche, son origine n'a jamais été officiellement reconnue : la presse et de nombreux experts l'attribuent à une opération conjointe américano-israélienne, mais aucun État ne l'a revendiquée. De même, le chiffre d'environ mille centrifugeuses est une estimation de l'Institute for Science and International Security, pas un décompte officiel iranien.

Établi (analyse du code)

  • Propagation USB, 4 zero-days
  • Sabotage des vitesses de rotation
  • Fausses mesures aux opérateurs

Non confirmé officiellement

  • L'attribution à des États
  • Le nombre exact de machines

→ On affirme le mécanisme, on nuance l'attribution : la charte de l'exactitude.

À retenir

  • Stuxnet (découvert en 2010) est le premier virus connu à avoir causé des destructions physiques.
  • Il a franchi l'air gap de l'usine de Natanz par clés USB et exploité quatre failles zero-day Windows.
  • Il ne sabotait qu'une configuration très précise d'automates Siemens et de variateurs de fréquence : un seul site touché sur 100 000+ machines infectées.
  • Il emballait puis ralentissait les centrifugeuses tout en rejouant des mesures normales aux opérateurs.
  • Environ 1 000 centrifugeuses endommagées selon l'estimation de l'ISIS ; l'attribution étatique n'a jamais été officiellement reconnue.

Sources · la preuve

  1. [01] Stuxnet explained: The first known cyberweapon CSO Online · csoonline.com Vue d'ensemble : propagation USB, sabotage des PLC, fausses mesures aux opérateurs, air gap.
  2. [02] Did Stuxnet Take Out 1,000 Centrifuges at the Natanz Enrichment Plant? Institute for Science and International Security (ISIS) · isis-online.org Source de l'estimation d'environ 1 000 centrifugeuses et des variateurs Vacon / Fararo Paya ciblés.
  3. [03] Cyber security of OT networks: A tutorial and overview arXiv · arxiv.org Détails techniques : automates S7-300/S7-417, quatre zero-days, ~10 % du parc, période 2009-2010.
  4. [04] What is Stuxnet? Kaspersky · kaspersky.com Manipulation des vannes et des vitesses, quatre attaques zero-day, ciblage exclusif des systèmes Siemens.
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